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Considérant que….
![]() Carte Postale d'Evian-les-Bains datant de Juillet 1938 Depuis le 12 mars 1938, date de l'entrée des troupes allemandes en Autriche qui prélude à l'Anschluss, la question est devenue plus urgente encore. Dès le 23 mars, notamment sous la pression de l'opinion publique, le président des États-Unis Franklin Roosevelt adresse un message aux différentes nations les invitant à se réunir pour chercher des solutions concrètes. La Suisse siège de la Société Des Nations est initialement pressentie pour accueillir la conférence internationale. Cependant, vraisemblablement par peur de déplaire à l'Allemagne hitlérienne, le gouvernement Suisse décline la proposition. L'Allemagne n'est pas invitée, et l'Italie de Mussolini en tant qu'alliée du Reich refuse de participer à la conférence. La promulgation en juillet 1938 des lois raciales témoigne de l'alignement de sa politique sur celle de l'Allemagne nazie1. La Hongrie, la Roumanie et la Pologne envoient des observateurs. L'édition du 8 juillet 1938 du journal Le temps rappelle sans ironie que la Pologne "vivement intéressée à l'émigration de la population juive de Pologne suivra avec attention les travaux de la conférence d'Évian"2. Il est vrai que M. Beck, ministre des affaires étrangères polonais, s'est engagé depuis 1935 dans une politique qui vise à éradiquer la présence juive en Pologne3. Conscients du fait….
![]() Le Leader sioniste Britannique Norman Bentwich et Henri Bérenger de la délégation Française Credit: USHMM, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park Le plan MindanaoPeu connu, le plan Mindanao du nom de l'île sur laquelle on envisage cette installation a fait l'objet d'une récente publication basée sur des archives peu exploitées6. La proposition des îles Philippines d'accueillir 1000 réfugiés juifs allemands et autrichiens par an sur une période de 10 ans est un cas d'espèce en Asie, d'autant plus que ces territoires sont sous autorité des Etats-Unis. Il est important de souligner que dans la mesure où aucun quota n'est imposé, ce qui est alors un obstacle majeur pour l'immigration partout ailleurs, cette ouverture laisse à penser qu'une entrée aux Etats-Unis par la « porte de derrière » est envisageable. La seule contrainte est que les réfugiés subviennent à leurs besoins en développant une activité agricole et d'élevage. Pendant trois ans, des plans sont échafaudés mais rencontrent de nombreuses difficultés. L'opposition locale des Philippins a été sous-estimée. Leurs représentants politiques s'efforcent d'empêcher l'acquisition de terres nécessaires à l'installation des nouveaux arrivants. De plus, les motivations et les priorités varient selon les participants du projet. Les représentants juifs veulent une résolution rapide, tandis que les ceux des Etats-Unis, craignant que le plan n'échoue et que les Etats-Unis aient à accueillir des milliers de juifs réfugiés, ne cachent pas leur hostilité au projet d'installation. Ephraïm Frank ajoute qu'aujourd'hui encore, les intentions du Président philippin Manuel Quezon ne sont toujours pas clairement établies : avait-il l'intention de mener le projet à bien ou se contentait-il de montrer qu'il s'accommodait des projets des « occupants » américains ? L'entrée en guerre des Etats-Unis après l'attaque japonaise de Pearl Harbour en décembre 1941 met un terme au projet. L’espoir vient de la République dominicaine7.Le 12 août 1938, le Président de la République dominicaine propose d'accueillir 100 000 réfugiés juifs autrichiens et allemands. On peut se demander quelles sont les motivations du dictateur Rafael Trujillo. Une conjonction de plusieurs facteurs peut expliquer cette offre. D'une part, les immigrés juifs déjà installés ont fait preuve d'une bonne intégration au sein l'élite locale ; Rafael Trujilo considère l'accueil de juifs blancs comme un bon contrepoids à une population locale qu'il juge trop noire. D'autre part, il espère que son offre généreuse détournera l'attention des agressions meurtrières qu'il a commanditée l'année précédente contre les populations haïtiennes installées dans la République dominicaine. Quoi qu'il en soit, seulement 700 réfugiés juifs émigrent et se fixent à Sośua, une plantation de bananes abandonnée située au nord est de la République. Lorsque la Seconde Guerre mondiale prend fin, la plupart des réfugiés juifs quittent le pays pour rejoindre les Etats-Unis ou Israël ; d'autres, souvent des hommes qui se sont mariés avec une autochtone, restent. ![]() réfugiés juifs vivant à la colonie de Sosua livrant du lait et des bananes ConclusionLa conférence internationale d'Evian se referme le 15 juillet 1938. Aucun pays n'a accepté de remettre en question sa politique d'accueil et d'ouvrir davantage ses frontières. Bien au contraire, les textes, décrets, réglementations vont se multiplier, rendant impossible des espoirs d'immigration, hormis quelques trop rares cas. La conférence a permis néanmoins la création d'un comité intergouvernemental des réfugiés (CIR), chargé de continuer et d'étendre le travail de la conférence internationale d'Evian. Selon les termes de la résolution prise le 13 juillet, le CIR « doit entamer des négociations pour améliorer les conditions actuelles de l'exode et les remplacer par des conditions d'émigration en bon ordre8» , c'est-à-dire que les juifs allemands et autrichiens soient autorisés à quitter leur pays avec leurs biens. De plus, le CIR « entreprendra des démarches auprès des gouvernements des pays de refuge et d'installation en vue de développer les conditions d'installation permanente. » Le manque de moyens financiers, des pouvoirs limités, l'absence de soutien de la part des pays membres n'ont pas permis que le CIR parvienne à trouver des pays d'accueil aux dizaines de milliers de réfugiés juifs. L'entrée en guerre en septembre 1939 a mis un terme à tous ses efforts. L'échec de la conférence internationale d'Evian est perçu par les nazis comme l'accord tacite des Etats présents à les laisser décider du sort des juifs comme ils l'entendent. le Danziger verposten constate : « La conférence est donc une justification de la politique allemande contre les juifs9» On est en droit de se demander si l'échec de la conférence d'Evian n'a pas fait prendre conscience aux dirigeants nazis qu'aucun pays n'interviendrait lorsqu'ils décideraient de procéder radicalement à la libération du Reich allemand de toute présence juive. Frieda Korweitz et sa fille passent la frontière belge clandestinement le 8 août 1938. Les autorités belges leur avaient refusé un visa à la suite de leur demande début juin… Liste des pays représentés :Australie Argentine Belgique Bolivie Brésil Royaume Uni Canada Chili Colombie Costa Rica Cuba Danemark Equateur Etats-Unis Guatemala France Haïti Honduras Irlande Mexique Nouvelle Zélande Nicaragua Norvège Panama Paraguay Pays Bas Pérou République dominicaine Suède Suisse Uruguay Venezuela Liste des 34 délégations d'organisations non gouvernementales10-Comité international Chrétien pour les Non-Aryens (Londres)
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![]() Trois délégués de la conférence internationale d'Evian. De gauche à droite : Henri Bérenger (France); Myron C. Taylor (Etats-Unis) et Lord Winterton (Grande Bretagne). 8 juillet 1938. Credit: USHMM, courtesy of National Archives and Records Administration, College Park Copyright: Domaine public 1.THALMAN Rita, L'antisémitisme en Europe occidentale et les réactions face aux persécutions nazies pendant les années trente, L'Allemagne nazie et le génocide juif, colloque de l'EHESS, paris, Gallimard-Seuil, 1985, p. 151. 2.Courtesy : Aloumin, Marianne Picard. 3.EPELBAUM Didier, Les enfants de papiers. L'intégration des juifs de Pologne émigrés immigrés en France, 1929-1939, Thèse de doctorat d'histoire, EHESS, 1998. 4.FRIEDMAN Saul S., No Haven for the Oppressed, Detroit, Wayne State University Press, 1973, pp.43-55 5.Estorick Eric, The Evian Conference and the Intergovernmental Committee, Annals of the American Academy of Political and Social Science, Vol. 203, Refugees, (May, 1939), pp. 136-141. 6.FRANK Ephraïm, The Mindanao Plan : Political Obstacles to Jewish Refugee Settlement, Holocaust and Genocide Studies, 20.3 (2006), pp. 410-436. 7.L'histoire de cette étrange migration a fait également l'objet d'une récente publication dans le cadre de l'exposition qui se tient actuellement au Musuem of Jewish Heritage à New York : Sosúa: A Refuge for Jews in the Dominican Republic, 17 février – 5 août 2008 ; KAPLAN Marion A., Dominican Haven : The jewish refugee Settlement in Sośua, 1940-1945, Museum of Jewish Heritage, 2008. 8.Procès-verbal du Comité Intergouvernemental, Evian, du 6 au 15 juillet 1938. Rapport des séances plénières du Comité. Résolutions et rapports, Londres, juillet 1938. 9.THALMAN Rita, op.cit., p. 153. 10.Annexe 1 Rapport du sous-comité pour la réception des organisations intéressées à l'assistance aux réfugiés politiques venant d'Allemagne, y compris l'Autriche, adopté par le Comité le 14 juillet 1938. ONU, Genève. |



