Quantcast Chronique d'un procès, quatrième semaine
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Quatrième semaine

Le convoi n°78

Le 11 août 1944, le dernier train de déportés quittait Lyon. Destination initiale pour ce train n°14166, Drancy. Aucun télex, aucun document pour appuyer les témoignages qui se succèdent en cette semaine de juin 1987. Le nombre de déportés est approximatif ; entre 600 et 650 personnes, selon les déclarations des survivants venus devant la cour d’assises de Lyon, ont été acheminés vers les camps d’extermination Allemand, sous la supervision directe de Klaus Barbie. En août 1944, c’est la débâcle allemande, les alliés remontent le Rhône depuis la Méditerranée, et chez les internés on nourrit l’espérance d’une libération, qui à chaque minute peut arriver.


Sur le quai de la gare de Perrache, à l’aube, autant d’internés juifs que de résistants sont parqués par les SS dans les wagons de 3ème classe de ce train aux rideaux tirés. Les témoins attestent tous à leur manière, parfois précise -invoquant leurs souvenirs à la façon d’un scientifique-, parfois trop vague, permettant à la défense pour la première fois depuis le début du procès de semer le doute sur la présence du chef de la section IV, et dans la cour de Montluc, et sur le quai de la gare.



L’armée allemande en déroute, le réseau ferroviaire se trouve extrêmement perturbé par les actions maquisardes. Le train erre dans la France, il avance, il recule, il stagne. Les déportés n’ont rien à manger ni à boire, certains sont entassés dans les filets à bagages et tous ont l’interdiction de regarder dehors ou même de se lever. On ne sait pas grand-chose de ce qu’il s’est passé pendant ces 11 jours d’un voyage interminable où personne ne semblait connaître la destination, car à Drancy le convoi ne passera pas. Après un arrêt à Vittel où la Croix-Rouge distribue quelques boîtes de sardines qui rendront malade les déportés, le convoi passe par l’Alsace pour que les résistants soient internés au camp du Struthof. Il s’arrête ensuite à Stuttgart pour que les femmes résistantes soient internées à Ravensbrück, dans la gare allemande, les hauts parleurs crient : « Attention train de juifs, évacuez les quais. » Et les enfants allemands qui crachent sur cette population maudite. On sait aussi que la soupe étaient atrocement salée et imbuvable après ces jours et nuits sans eaux.

Ce que l’on ne sait pas, qu’on arrive à peine à imaginer, c’est cette horreur du voyage, ces atrocités commises dans le noir par des malheureux sur d’autre malheureux, dans cet espace dépourvu d’air, d’eau, de lumière et d’humanité. Si l’on ne peut pas comprendre comment ces personnes liées par un même destin se sont abandonnées les uns les autres dans la violence ; on comprend bien leur choix de passer cela sous silence, tant d’autres horreurs doivent être révélées avant cela.
Le 22 août 1944, le restant du convoi arrive à Auschwitz, ce convoi n’était pas prévu, pas de SS pour prendre le relais, la sélection n’aurait d’ailleurs eu lieu que le 7 septembre.

Semaine 4:

1er juin 1987- 5 juin 1987

1er juin : Audition des témoins victimes de Klaus Barbie (suite).
Evocation de la rafle d’Izieu (suite).
  • Edith Kleibinder
  • Paulette Roche
  • Adolphe Waysenson
  • Paul Niedermann

2 juin : Audition des témoins victimes de Klaus Barbie (suite).
Fin du rappel de la rafle d’Izieu.
  • Ita Halaunbrenner
  • Fortunée Benguigui-Chouraqui
  • Elie Wiesel
  • Henri Perret

3 juin : Audition des témoins victimes de Klaus Barbie (suite)
  • Alice Vansteenberghe-Joly
  • Alice Zohar
  • Charlotte Wardi
  • Issac Lathermann
  • Anatole Lilienstein

4 juin : Audition des témoins victimes de Klaus Barbie (suite)
  • Francine Gudefin
  • Benjamin Kaminski
  • Louis Sigot
  • Félix Bonnat
  • Fernand Hahn

5 juin : Fin de l’audition des témoins victimes de Klaus Barbie.
Troisième comparution de Klaus Barbie
  • Julie Franceschini
  • Andrée Meaudre de Sugny
  • Joséphine Ambre
  • Otto Abramovici
  • Kurt Ipser
  • Siegfried Szemendra
  • André Courvoisier

Notice du convoi n°78 (Lyon) du 11 août 1944, Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Serge Klarsfeld.


Ce train 14166 est parti de Lyon le 11 août avec environ 650 personnes. C’est ce qui ressort de mon enquête dans les archives du Ministère des Anciens Combattants. Il y avait 438 hommes, 12 enfants, 200 femmes. Le train composé de 9 wagons a suivi l’itinéraire suivant : Macon, Châlons-sur-Saône, Chaumont, Vittel, Epinal, Belfort. Mais il est difficile de préciser le nombre de juifs de ce convoi. Les non-juifs auraient été dirigés sur le camp de Schirmeck et sur Dresde, les femmes vers Torgau. La liste reconstituée par le Ministère porte 312 noms, mais nous en avons ajouté un certain nombre, grâce aux noms des survivants et survivantes (32, dont 16 femmes). Selon le calendrier d’Auschwitz, le 22 août, une arrivée de France aurait eu lieu avec sélection de 117 hommes (matricules B9622-B9738) et de 63 femmes (A25278-A25340). Le « calendrier » conclut « 128 gazés » et retombe ainsi sur le chiffre 308, qui est celui de la liste reconstitué du Ministère, à 4 unités près. Mais cette liste du Ministère ne comporte pas de noms de femmes ! Il faut donc être prudent pour la destination finale pour tout ou une partie de ce convoi.


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