Quantcast Chronique d'un procès
fr - en - de

Première semaine


Le 25 janvier 1983, Klaus Altmann citoyen naturalisé Bolivien, est extradé par l’armée Bolivienne, jusqu’en Guyane. L’armée française prend le relais et le prisonnier arrive à la prison Montluc à Lyon le 5 février 1983. Dans ce même lieu où juifs et résistants furent internés, certains après avoir été torturés par Altmann qui avoue avoir été « Klaus Barbie en temps de guerre ».

Ici commence quatre années d’instruction judiciaire. Le 11 mai 1987, finalement s’ouvre à Lyon le procès Barbie.

Quelques jours avant le début de ce procès, un comité de presse est formé à l’initiative du cardinal Decourtray. Le but est de collecter chaque jour, durant les huit semaines du procès, une revue de presse, à l’usage des différents acteurs de ce moment judiciaire historique.

Plus de 2000 articles ont été réunis après le procès dans une anthologie réalisée par Paul Gauthier.

A l’occasion du 20ème anniversaire de ce procès, Dorot se propose, chaque semaine pendant huit semaines, de publier ici un article tiré des Chronique du procès Barbie, éditions du Cerf, 1988.

Justice

Dans la préface des chronique du procès Barbie, Marek Halter expose que « si le procès Barbie à été exemplaire c’est que les trois voies de la transmission de la mémoire ont fonctionné : Justice – Silence – Parole. » Se réclamant d’une tradition selon laquelle un homme coupable de crimes contre les hommes est tenu d’en rendre compte à toute l’humanité, le procès Barbie, premier procès pour crime contre l’humanité en France, est donc aussi exemplaire du point de vue judiciaire qu’historique.

Notre objectif ici n’est pas de retranscrire les huit heures de lecture des chefs d’accusation dressés contre « le boucher de Lyon », le but n’est pas non plus de faire un portrait du SS, ni un récit des atrocités commises par lui.

Dorot n’a pas non plus l’intention ni la prétention de dire encore à quel point la justice française avait et a toujours besoin de ce procès ; pour la mémoire, pour les victimes.

Nombreux sont les penseurs, les magistrats, les témoins directs et indirects, qui se sont livrés à cette tâche et nous serons plus qu’heureux de mettre à disposition chaque semaine une bibliographie relative aux sujets abordés durant le procès.

Elie Wiesel commenta l’enjeu fondamental de la justice : « L’ennemi tue deux fois, la seconde en essayant d’effacer les traces de son crime »

Nous ne nous plaçons que dans la continuité de ce mouvement, en transmettant à notre tour l’information dans son contexte historique.

L’accusé a tenté pendant 30 ans d’échapper à ses crimes, la défense a tenté pendant huit semaines d’effacer les traces de ces crimes. Cet anniversaire est l’occasion pour nous de rendre hommage à tous ceux qui ont brisé le silence et levé le voile, à tous ceux qui se sont constitués partie civile et à tous les magistrats et avocats qui ont travaillé pour que justice soit rendue.

Silence

Le silence, c’est avant tout celui des victimes, ceux dont l’absence est pour nous l’indiscutable preuve de leur existence. C’est ce même silence qui permit à Hans Jonas* de faire la paix avec Dieu, et permit à de nombreux juifs de sortir de l’idée d’un Dieu qui les abandonna à Auschwitz, pour se rapprocher encore plus de l’essence du concept de Dieu. Cette thèse soutient l’argument que la « non-intervention » de Dieu durant la Shoah est la preuve de son omniprésence dans le monde et de l’impossibilité divine d’agir là ou il confère à l’Homme sa volonté, son libre arbitre. Si Dieu a le pouvoir de mettre l’Humanité en marche, l’homme est le seul à avoir le pouvoir de l’arrêter.

La Shoah devient alors l’exemple de l’argument, la preuve que c’est l’homme qui gouverne l’homme, la preuve irréfutable qu’il appartient aux hommes de juger ceux qui ont tenté de mettre un terme au mouvement de l’Humanité.

Le silence c’est aussi celui de l’accusé, d’Altmann qui quatre ans après son aveu d’avoir « été Barbie en temps de guerre », tente encore de se faire passer pour un autre. Après cette tentative, on ne l’entendra pratiquement plus durant les deux premiers jours du procès, où pendant huit heures le Président Cerdini lit les chefs d’accusation, temps pendant lequel Maître Vergès, avocat de l’accusé, tente d’étouffer le procès dans l’œuf, arguant que les procès de 1952 et 1954, où Barbie fut condamné à la peine de mort par contumace avait déjà statué sur tous ces chefs d’accusation et donc, que la loi de la prescription entrait en vigueur et qu’il fallait dès lors relâcher son client. Maître Vergès fut débouté, le crime contre l’humanité échappe à la préscription.

Le silence se fait encore plus lourd, lorsque le 13 mai 1987, après que le Président Cerdini ait achevé l’interrogatoire de personnalité de Klaus Barbie, celui-ci demande à la cour la permission de faire une déclaration dans laquelle il se considère comme « un otage et non comme un détenu » de la justice française et qu’il refuse désormais de comparaître devant la cour d’assises du Rhône. Il demande qu’on le renvoie dans sa cellule à la prison St Joseph.

Parole

Après cette déclaration de Barbie, c’est le Procureur Général Pierre Truche qui prend la parole, pour remettre les points sur les i.

« Il y a plusieurs façon d’interroger un accusé. Il y a celles qui avaient cours dans cette ville il y a quarante ans. Celui qui y était soumis n’avait pas le choix. Pour l’honneur de la justice française on lui a donné (à Barbie) la possibilité de s’expliquer complètement devant les jurés qui n’ont pas l’âge d’avoir vécu ces évènements. Maintenant comme toujours, c’est « Herr Nein » (Monsieur non) qui est en face de nous. Barbie est un nom dur à porter, proche de barbare. Il n’accepte pas de faire face. Mais il en a aussi le droit. Finalement c’est lui qui une fois de plus se dérobe. Aujourd’hui il est un Barbie et un nazi honteux qui n’ose même pas se pencher sur son passé et s’expliquer ».

La parole c’est celle de Barbie contre celles des personnes constitués en parties civiles, des témoins venus exprimer l’inexprimable. Les paroles sont surtout celles du Président de la cour et de l’avocat général qui exposent en détails, durant les deux derniers jours de cette première semaine, les chefs d’accusations retenus contre un Barbie absent, commanditaire direct de la rafle des enfants d’Izieu et des locaux de l’UGIF à Lyon…

Suite lundi 21 mai.

*Le concept de Dieu après Auschwitz. Rivages, 1984

image_30352966

 

Semaine 1

11 mai 1987-15 mai 1987

11 mai : Lecture de l'acte d'accusation.
12 mai : Lecture de l'acte d'accusation, suite et intervention de Me Vergès sur la compéttence de la cour.
13 mai : Déclaration de Klaus Barbie: il refuse de comparaître aux audiences.
14 mai : Audition de Gustavo Sanchez-Salazar et Erhard Dabringhaus
15 mai : Examen des charges relevées contre Klaus Barbie

l'article de la semaine

 

Bibliographie:

  • Archive d'un procès,Klaus Barbie, sous la direction de B.H. Levy, biblio essais, 1986
  • Klaus Barbie de Montuc à Montluc, Marcel Ruby, l'Hermès, 1983


$virtual_page = "documents";