Le 17 mars 1939 Jacob Kalman Linder reçoit une feuille de route l’autorisant à séjourner une semaine sur le territoire Belge. Supposé sortir de neuf semaines d’internement à Dachau, il demandait à séjourner quelques temps avec sa famille. Le 25 mars contraint de quitter le territoire il se rend à Ostende pour traverser la Manche. Selon les documents du Fond Matteotti, Jacob est détenteur d’un visa pour la Grande Bretagne et aurait été libéré de Dachau par l’intervention de Clement Attlee.
Il passe la période la guerre à Londres dans le quartier de Kensington où Malka son épouse le rejoint en mai 1940.
Un passé incertain
Jacob prétend être un ex député socialiste, alors que Bertold dit qu’il était élu de la ville de Vienne. Nous n’avons retrouvé aucune trace de l’élection de Jacob Kalman Linder à un poste public à Vienne avant l’Anschluss.
Sur la foi de ses déclarations, il reçoit l’aide zélée du fonds Matteotti et en 1946 lors de son retour en Belgique obtient le droit de s’installer. Il travaille pour son fils Bertold dans une fabrique de brosses et touche un salaire de 2500 Frs Belges par mois. Les affaires sont mauvaises et les dettes s’accumulent. Lorsque Bertold quitte précipitamment la Belgique pour s’installer à Salzbourg, Jacob et Malka suivent. Les parents Linder ont depuis 1948 retrouvé la nationalité autrichienne.
Sur la base d’un appel du comité du HIAS à Munich contestant la décision du département de la Justice américaine de 1951 de refuser l’immigration de Jacob Linder, nous apprenons que lors de son arrivée en Grande Bretagne Jacob est enregistré comme « étranger ennemi » puis considéré comme réfugié, victime de persécutions par les Nazis. Il est autorisé à occuper un emploi de coiffeur, le permis de travail et de séjour est renouvelé au bout de six mois. Les autorités américaines refusent son immigration sur la base de trois arguments :
Jacob est considéré comme ayant déjà réussi à se réinstaller en Belgique puis en Autriche
Il souffre d’un défaut physique susceptible de l’empêcher de travailler.
Il est susceptible d'être une charge pour la collectivité
Finalement l’appel du HIAS aboutit et Jacob et sa femme émigrent en février 1952. Agé de 69 ans il bénéficie des allocations de réfugiés ( Bond Case) et comme le craignait le département de Justice il restera à la charge de l’administration jusqu’en 1957 date à laquelle il meurt en Californie. Malka décède en 1962.
Sur le séjour de Jacob en Grande Bretagne pendant la guerre, nous avons peu d’élément en dehors du témoignage en 1946 du Rabbin Sidney Black de la Synagogue de Bayswater. Les Linder n’apparaissent pas dans les listes d’internés et nous cherchons à reconstituer l’itinéraire du couple pendant la période.